BookTok en conscience
L'amorce d'une nouvelle posture?
Bonjour à toutes et tous,
Vous savez ce que je préfère quand je pars cueillir l’information ? Cette petite lumière qui s’allume dans mon cerveau quand je me dis : “Je te tiens !” Ça doit être la même chose avec la pêche à la carpe, non ?
Ces derniers temps, n’en déplaise aux cassandres, ce sont les lecteurs qui me fournissent le mieux en dopamine.
Je les regarde s’emparer du livre. Créer un écosystème autour de lui. Des outils. Des listes. Avec une remarquable inventivité et beaucoup d’ambition pour eux-mêmes.
Grâce à eux, le livre voyage. De Bootcamp en station de bus, de club en liseuse DIY : les façons sont multiples. Créatives.
C’est une source d’inspiration et d’enseignement que je recommande grandement, et dont je vous offre ici un échantillon.
Mais trêve de consulting,
Bonne lecture
Dans mon radar cette semaine : des guerrières, un nouveau spot culturel et le retour en grâce des sciences humaines.
#1- Prends garde à toi, Lara Croft !
Mesdames - oui celui-ci est pour vous -, si l’actualité vous crée des palpitations et que dans vos fantasmes les plus enfouis se cache l’âme d’une Brienne de Torth. Ou si, comme @charity.grace, vous souhaitez, telles vos héroïnes de romans, vous préparer à la fin du monde, c’est possible.
Des coachs de fitness proposent désormais des Bootcamps sur le thème de la fantasy qui feraient pâlir d’envie Henry Cavill. Au programme : loisirs créatifs, lancer de hache, club de lecture. Dans cet ordre.
À la conjonction de plusieurs influences - du jeu vidéo au cosplay - l’idée que l’on puisse, très sérieusement, faire vivre une fiction à travers soi n’a jamais été aussi installée et ouvre en grand les perspectives de déploiement d’univers fictionnels IRL.
Évidemment, la pratique sportive qui envisage une femme guerrière est passionnante en soi, mais l’information à retenir ici, c’est que le livre est le point d’entrée. Et le Book Club l’assume comme tel. Pour les éditeurs de l’imaginaire, le terrain de jeu déborde très largement la page.
#2- Adidas s’installe dans le décor
Alors que je mentionnais l’espace que les marques pouvaient occuper en tant qu’acteurs culturels, Adidas créait un cas d’école en lançant Studio III, au cœur de l’Adidas Arena. Un lieu de création et de culture, ouvert cinq jours sur sept, divisé en deux espaces complémentaires : un tiers-lieu pour les acteurs associatifs locaux - travail collaboratif, ateliers, soutien scolaire - et un espace culturel et artistique ouvert aux membres du programme fidélité Adidas. Chaque mois, le lieu se renouvelle autour d’une discipline - musique, danse, écriture…
Ce que fait Adidas ici, c’est investir le champ culturel de façon structurée pour créer les conditions d’un dialogue et par là même, du lien. Et elle ne le fait pas seule. Elle va chercher des acteurs qui vont légitimer son action - elle en a besoin.
Tout le monde n’a pas les moyens d’une Arena - euphémisme. Mais cette logique - s’ancrer auprès d’un public, sur un territoire, et construire un champ d’influence par la collaboration avec un écosystème élargi -, elle, n’appartient pas qu’aux marques de sport.
#3- La connaissance, c’est la vie
Cela ne vous fait sans doute ni chaud ni froid, mais Reed Hastings vient de quitter Netflix. Et il a eu une vision : les futurs leaders devront exceller dans des compétences émotionnelles et connaître la littérature, l’histoire... Rapport à l’IA, tout ça.
Son discours, comme celui d’autres patrons de la tech, participe à ouvrir un espace où la connaissance redevient une compétence primordiale. Pour se démarquer, il faudra donc être capable de donner du sens.
Et de nouveaux clubs de pensée de commencer à fleurir ici et là. Le Briefing ou “une heure pour comprendre le monde, dans des lieux sympas, tous les mois”. Stóra, pour ceux qui préfèrent des formats plus intimistes. Et il y en aura d’autres. La demande de s’instruire est forte. À quand votre club ?
Cette semaine, je découvrais, étonnée, le concept de BookTok burn-out. N’allez pas imaginer une personne incapable de se lever un matin à force d’avoir trop lu, le terme “burn-out” n’est pas à prendre au pied de la lettre. Mais il exprime bien un mal-être, et ce n’est pas anodin.
Dans l’article du Bookseller qui m’a valu cette révélation, il est question d’une lassitude née de la saturation de contenus homogènes. Les créateurs interrogés admettent que certains auteurs et genres ont un impact fort sur les statistiques et que cela crée un écosystème où ils se retrouvent, pour émerger, à partager les mêmes opinions, sur les mêmes livres. Je comprends que cela puisse déprimer, à la longue.
À cela s’ajoute une injonction à la performance. Lire toujours plus de livres, pour toujours plus de contenus. Bref, la pression.
Les symptômes résumés par l’application Vread sont parlants : anxiété de ne pas avoir lu le livre du moment, anxiété de ne pas lire assez… et ne rien retenir de tout cela. Finalement, la lecture est traversée des mêmes tensions qui minent d’autres pratiques contemporaines.
Pourquoi j’en parle ?
Loin de moi l’idée de critiquer le type de livres mis en avant ou les créateurs de contenus. Ce qui m’intéresse ici, c’est la réaction que ce burn-out déclenche, et elle ressemble fort à un signal.
Premier réflexe (qu’on devrait tous appliquer) : reprendre la main sur l’algorithme grâce à une posture active et critique. Garder ses goûts et sa personnalité au centre. Aller chercher activement des genres qui ne remontent pas spontanément, soutenir des créateurs aux audiences confidentielles mais avec lesquels on partage une communauté de goûts.
En somme, choisir avec soin avec quoi on interagit pour ne pas laisser un algorithme réduire son champ d’action.
Deuxième réflexe : la lecture durable. Plutôt que se jeter sur un nouveau livre, à peine achevé le précédent, c’est ouvrir un carnet, noter ce qui nous traverse. Vous ne rêvez pas, c’est le grand retour de la note de lecture pour s’assurer de sa compréhension de l’ouvrage et apprendre à mieux articuler ses idées. Une approche critique que l’on connecte aisément au curriculum personnel dont j’ai parlé dans la précédente édition, et plus largement à l’essor des Book Clubs.
J’aurais pu en citer d’autres, mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il ne s’agit pas d’éteindre son téléphone et de sortir du système. Non, il s’agit de cesser de le subir et d’en contrebalancer les effets nocifs.
Et c’est là que le signal devient intéressant. Car il montre qu’à l’intérieur même des plateformes, une nouvelle posture se cherche, moins soumise au flux. Plus consciente des risques. Encore minoritaire, mais lisible.
Et cela ouvre une fenêtre pour qui saura entendre ce qu’elle exprime sur la fragilité d’un modèle de découverte qui repose largement sur l’algorithme, et sur ce qu’il pourrait devenir si le mouvement s’amplifie.
Une mini bibliothèque à disposition de ceux qui attendent le bus, c’est l’excellente initiative danoise.
Les lectrices ont du génie, les tech bros n’ont qu’à bien se tenir.
Marcher en groupe avec un auteur ? Bienvenue au Walking Book club.
Et si vous cherchez de nouvelles façons de trouver votre prochaine lecture, sondez votre humeur avec Whichbook.
Au cas où vous aviez un doute sur la nécessité de protéger la création, le parlement européen vous a fait une vidéo, et on n’aurait pas imaginé tant de second degré.
Je terminerai sur une pépite pour les fans de Pedro Pascal, c’est cadeau.
Et le futur dans tout ça ?
C’est un fan d’Annette de Leos Carax en roue libre. Ça promet…
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Le passage à propos de la réflexion critique qui revient à la mode me parle beaucoup... j'en parlais dans de longs vocaux à une amie ce matin. C'est rigolo...